Nocturne

Smooth jazz

De neuf heures à midi — la musique la plus moquée de ce cadran, et la seule avec laquelle le travail avance vraiment.

Quand Smooth jazz fonctionne

Le smooth jazz est une plaisanterie, et l'essentiel du catalogue la mérite. Vers 1986, le genre a découvert le son de saxophone numérique et ne s'en est pas remis pendant quinze ans.

La décennie précédente est une autre histoire. Entre 1974 et 1984 environ, quelques musiciens ont pris le soul-jazz, raccourci les solos jusqu'à ce qu'une radio puisse les porter, et fait des disques harmoniquement bien plus intéressants que leur réputation ne l'autorise. Presque chaque morceau de Winelight porte une ligne de basse de Marcus Miller. Ce n'est pas de la musique de fond, elle accepte seulement de s'en donner l'air.

C'est la station du matin parce que c'est la seule musique qui supporte d'être à moitié ignorée sans vous le faire payer. Mettez-la à neuf heures, remarquez-la de nouveau à onze.

D'où cela vient

Deux choses ont fait cette musique, puis l'une d'elles l'a gâchée. La première est CTI et son label frère Kudu, où Grover Washington Jr. enregistre Inner City Blues en 1971 — un disque de soul-jazz aux solos ramenés à la longueur d'une radio et aux arrangements laissés amples.

La seconde est la radio elle-même. KTWV, à Los Angeles, démarre en février 1987 sous le nom de The Wave et donne au format son nom et ses règles : presque pas de voix, pas d'angles vifs, rien qui fasse tendre la main vers le bouton. Just the Two of Us avait déjà montré que la formule se vendait ; les quinze années suivantes ont prouvé que n'importe qui pouvait la suivre.

Il existe une version plus ancienne et mieux tempérée de la même idée : le quiet storm, que Melvin Lindsey lance en 1976 sur WHUR à Washington et qui, lui, garde les chanteurs.

Smooth jazz : cinq disques

  1. Grover Washington Jr., 1980Winelight.

    Le meilleur disque du genre et la raison de son existence. Just the Two of Us a valu un Grammy à ses auteurs et éclipsé le reste. Washington l'a enregistré en chef de séance avec la section rythmique de Muscle Shoals, et la voix de Bill Withers sur Just the Two of Us a été ajoutée presque après coup.

  2. George Benson, 1976Breezin'.

    Un guitariste sérieux décide de vendre des disques. L'album est passé numéro un avec un seul morceau chanté. La guitare et la voix de Benson suivent la même ligne à l'unisson d'un bout à l'autre, un tour pris au scat que la moitié des guitaristes de la décennie suivante ont copié.

  3. Bob James, 1974One.

    Là où tout le son commence. Et, contre toute attente, d'où vient une bonne part des breaks du hip-hop. Nautilus, le morceau final, a fait un four à sa sortie puis est devenu l'un des enregistrements les plus échantillonnés du hip-hop ; Bob James dit en avoir perdu le compte.

  4. Spyro Gyra, 1979Morning Dance.

    Des steel drums sur un disque de jazz-fusion en 1979. Cela sonne comme une mauvaise idée, et ce n'en est pas une. Les steel drums sont joués par Dave Samuels au vibraphone et au marimba, pas par un panniste, et ils tiennent pour cela une place si étrange dans le mixage.

  5. Sade, 1984Diamond Life.

    Pas un disque de jazz, mais il tient exactement dans cette pièce. Le saxophone de Stuart Matthewman est tout le plaidoyer pour la retenue. Sade Adu a écrit ou coécrit chaque chanson, et le groupe les jouait depuis deux ans sur scène avant qu'on lui propose un contrat.

L'objection honnête

Voyeur de David Sanborn a plus de titres à figurer ici que Spyro Gyra, et c'est un meilleur album. Je l'ai écarté parce que trois disques menés au saxophone sur cinq transforment la page en anthologie d'un seul instrument. C'est une raison éditoriale, pas musicale, et vous pouvez raisonnablement la juger mauvaise.

Les visages du disque

William Gottlieb a photographié les clubs de New York entre 1938 et 1948 pour Down Beat et le Washington Post. Les négatifs sont à la Library of Congress ; les images sont dans le domaine public.

Sarah Vaughan, voix
Sarah Vaughan, 1946
Django Reinhardt, guitare
Django Reinhardt, 1946
Dizzy Gillespie, trompette
Dizzy Gillespie, 1947
Billy Strayhorn, piano
Billy Strayhorn, 1946–48
Al Grey, trombone
Al Grey, non daté
Duke Ellington, orchestre
Duke Ellington, non daté
Billie Holiday, voix
Billie Holiday, 1947
Thelonious Monk, piano
Thelonious Monk, 1947